J'ai cru pouvoir briser la profondeur l'immensité par mon chagrin tout nu sans contact sans écho. Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges comme un mort raisonnable qui a su mourir, un mort non couronné sinon de son néant. Je me suis étendu sur les vagues absurdes du poison absorbé par amour de la cendre. La solitude m'a semblé plus vive que le sang. Je voulais désunir la vie, je voulais partager la mort avec la mort , rendre mon c½ur au vide et le vide à la vie. Tout effacer qu'il n'y ait rien, ni vitre ni buée, ni rien devant, ni rien derrière, rien entier. J'avais éliminé le glaçon des mains jointes, j'avais éliminé l'hivernale ossature du v½u de vivre qui s'annule. Tu es venue, le feu s'est alors ranimé, l'ombre a cédé, le froid d'en bas s'est étoile, et la terre s'est recouverte de ta chair claire, je me suis sentie légere. Tu es venue, la solitude était vaincue. J'avais un guide sur la terre, je savais me diriger, je me savais démesuré. J'avançais, je gagnais de l'espace et du temps. J'allais vers toi, j'allais sans fin vers la lumière, là vie avait un corps, l'espoir tendait sa voile. Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit promettait à l'aurore des regards confiants. Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard, ta bouche était mouillée des premières rosées. Le repos ébloui remplaçait la fatigue et j'adorais l'amour comme à mes premiers jours. Les champs sont labourés, les usines rayonnent et le blé fait son nid dans une boule énorme. La moisson la vendange ont des témoins sans nombre, rien n'est simple ni singulier.
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit. La forêt donne aux arbres la sécurité et les murs des maisons ont une peau commune, et les routes toujours se croisent.
au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue. Les champs, l'été, les bois, le fleuve. Fleuve seul animant l'apparence des cimes. Notre amour c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort. A même la lumière contredite, souffrante, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en plein terre que les roses mortelles dans les sources de midi. Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit. Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence. La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.
D'une main composée pour moi et qu'elle soit faible qu'importe. Cette main double la mienne pour tout lier tout délivrer, pour m'endormir, pour m'éveiller d'un baiser la nuit des grands rapports humains. Un corps auprès d'un autre corps la nuit des grands rapports terrestres, la nuit native de ta bouche. La nuit où rien ne se sépare. Que ma parole pèse sur la nuit qui passe et que s'ouvre toujours la porte par laquelle tu es entrée dans ce poème. Porte de ton sourire et porte de ton corps. Par toi je vais de la lumière à la lumière, de la chaleur à la chaleur, c'est par toi que je parle et tu restes au centre de tout comme un soleil consentant au bonheur