Je marche dans les villes où des âmes sans nom me fredonnent le tien. Des concerts en sourdine où je chante ton nom pour oublier le mien, pour oublier un peu que toi, tu n'es pas là quand l'hiver se fait rude, que je n'ai plus que moi avec qui partager ma propre solitude. Je marche sous des cieux qui me rappellent un peu la couleur de ta flamme, quand le rouge et le bleu donnent aux amoureux des beautés océanes. Moi, je fuyais l'amour parce que j'avais trop peur, oui, trop peur d'en mourir, mais à trop fuir l'amour, c'est l'amour qui nous meurt avant que de nous fuir. Je suis perdu sur des chemins de pierre, je marche nu. On s'est perdu et mon coeur en enfer que de toi ne battra plus. Je me suis perdu quand je t'ai perdue, j'ai perdu ma lumière, j'ai perdu Terre entière. Je vivrais mille vies et dans mille pays, ça ne changerait rien, car de mille pays, je reviendrais toujours m'éteindre entre tes mains. Si je m'y fais petite, dis s'il te plaît que tu me reprendras, juste pour une nuit, que l'amour n'est pas mort car on ne peut mourir quand on est infini, qu'il revivra encore cet amour, qu'il reprendra la vie, que la pluie dans mes yeux sera assez pour vaincre le désert dans les tiens. Je t'attends sur le banc mais toi tu ne viendras pas, car déjà trop de fois tu es revenue et déjà trop de fois c'est d'autres qui sont venues. Des années ou des siècles, les secondes sans toi, c'est toujours l'éternité. Toi, tu dois faire du beau sur des chemins où moi je ne suis pas, et moi, je reste là à voir passer le monde qui se fout de tout ça, et la nuit j'ai peur, j'ai peur d'en mourir. Et quand moi, je n'ai pas peur, c'est mon coeur qui a peur de te revoir partir. Dans la nuit moi j'ai froid quand à côté de moi c'est une ombre sans vie, c'est un autre que toi, quand à côté de moi c'est l'ombre de toi.
Des jours qui ne ressemblent qu'à l'ombre des nuits, des silences qui résonnent à l'âme comme un cri. Quand les paupières n'ont même plus la force des orages, quand, porté par les flots, je ne vois plus rivage, des amours qui sont nées aux mauvaises saisons. Quand le printemps a tardé à ouvrir ses bourgeons, des lunes toujours pleines qui ne me sourient plus, comme jouer aux échecs quand la reine est perdue, que tout est noir. Comment te dire que tout est noir, comment j'ai peur comment j'ai froid, comment te dire quand tu n'es pas là, que moi sans toi ça ne veut rien dire. Comment te dire, que moi sans toi c'est comme un rire qui trouve pas vers où mourir. Mes sciences qui ressemblent qu'à l'ombre du doute, le bien qui fait du mal quand le mal vous envoûte. Quand au coeur de l'iris c'est le temps des moussons qui vient noyer le blé juste avant la moisson. Dans les travers du temps, je sais, je t'ai perdue et tu l'as dit cent fois, tu ne reviendras plus. Alors je peux partir comme un loup solitaire qui, blessé, s'en ira mourir auprès d'un hêtre. Moi, j'aurais tant voulu que cet être soit toi, tant voulu avec toi être une autre que moi, oublier qui je suis et fermer les paupières. Comment te dire que moi sans toi c'est comme un triste navire qui ne sait pas où partir. Quand on est tellement seul que même la solitude vous semble être une amie dont on se passerait, celle qui fut toujours là depuis le premier souffle qui depuis ce jour-là ne veut plus vous quitter. Quand vous ne savez plus qu'un jour vous saviez rire, quand le mal a choisi votre âme pour empire, quand tous les romantiques et les tristes du monde ont choisi votre coeur pour se mettre à pleurer. Comment te dire que tout est noir, comment j'ai peur comment j'ai froid, comment te dire quand t'es pas là, que moi sans toi ça ne veut rien dire.